Djouldé, une autre innocente victime de la justice populaire.


C’était un Samedi matin, j’étais de passage à Madina, le plus grand pôle du commerce guinéen. Il faisait chaud. Le soleil venait juste d’atteindre le Zénith. Je marchais lentement avec mon sac à dos que j’ai préféré mettre devant pour devenir un sac à ventre. Des vendeurs ambulants, des dockers, des charretiers, des chauffeurs de taxi et de camions mesquins, des marchands et des acheteurs, tous étaient là.


Soudain, j’ai entendu des cris, au voleur ! Au voleur ! C’était tellement courant ici à Madina, d’ailleurs une raison de plus pour moi de garder mon sac à l’œil. Des jeunes, hommes, femmes se procuraient bâtons et pierres, criaient, insultaient, maudissaient le présumé voleur qu’ils poursuivaient tous. Plus le temps durait, plus le rassemblement s’étendait. D’après les dires, le jeune garçon seulement âgé de 17 ans se serait faufilé à l’intérieur d’une boutique pour chaparder un montant équivalent à 1000$ USD. Quelques minutes après, le garçon poursuivit se retrouve dans un lieu sans sortie facile. Des coups de rondins, encore et encore ! Des coups de pierres, il se retrouve à terre, trépassant et se vidant de son sang. Les uns s’écriait : Tuez-le, d’autres, remettez-le à la police. Rien de tout ça s’est produit, certaines personnes de la foule, les psychopathes l’attacha avec des ligotes enjolivées, le traina par terre. Le garçon resta paralytique un court instant puis ils l’on fait entourer de vieux pneu de véhicule. Un moment, l’odeur de l’essence se fait d’abord sentir ensuite, je vois le garçon dans une immense flamme…Le sang, il y en avait partout ici. La police arriva, puis dispersa la foule avec quelques tirs de pistolet. Le corps de l’adolescent calciné était tel que son visage restait moins identifiable. Le cadavre fut donc transporté à la morgue.

Le jeune s’appelait Djouldé, Premier fils de ses parents qu’il laissa au village à des centaines de kilomètres de Conakry, espérant trouver de quoi faire atténuer la misère de sa famille. Une famille qui cultivait la saison pluvieuse et dont les membres se dispersaient la saison sèche pour aller chercher quelques économies. C’est alors que Djouldé décida d’aller à Conakry où il portait des bagages et marchandait des emballages en caoutchouc pour avoir de l’argent.



Ce jour-là, Djouldé était assis à la terrasse d’une boutique pour se reposer. Après son départ, le propriétaire de la boutique remarqua qu’une partie de son argent avait disparue. Partant du fait que Djouldé était pauvre et que porter des bagages était son business, la victime du vol déduit que le jeune adolescent serait alors le voleur puis envoya des jeunes pour le prendre. Lorsque Djouldé s’était aperçu que le groupe de jeune qui l’appelait ‘’voleur’’ avait des bâtons en main, C’est là qu’il s’est senti menacé et s‘est mis à courir.


Après quelques jours d’enquêtes, les autorités se sont rendu compte que l’incontestable coupable du vol était toujours en fuite. En effet, il s’agit du neveu de la victime du vol qui, travaillait avec lui depuis des années. Il avait disparu soudainement depuis l’incident.


Djouldé avait lui aussi des rêves, des objectifs à atteindre comme tout le monde. Il est l’un des rares jeunes ay
ant choisis de travailler et de réussir ici en Guinée au lieu d’aller vers la méditerranée.



Combien de jeunes comme Djouldé sont victimes d’injustice, tabassés et calcinés par une foule en colère ? Pourquoi ne pas remettre un présumé voleur à la police afin de déterminer s’il est coupable ou non ?


Tant qu’une population a une telle mentalité, le pari d’une justice sociale serait loin d’être gagné et pourtant tel est le cas en Guinée et dans certains pays de l’Afrique subsaharienne. Il incombe à la population de collaborer avec les forces de l’ordre et la justice pour arrêter les criminels. Son rôle n’est pas de se rendre justice mais de veiller à ce que justice soit rendue à qui de droit. La justice populaire est une grave violation des droits de l’Homme, elle participe au boycotte des lois, les plus fondamentales et est donc l’une des causes de la faiblesse la justice de nos nations. L’Afrique subsaharienne se doit de relever le defis d’une justice équitable pour tous afin de pouvoir aller de l’avant.
Ce récit est une fiction inspirée par une pratique courante dans nos sociétés…

Publié par amasada2

Poète, blogueur, activiste humanitaire.

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :